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Landesverband

Intervention d'Anne-Marie Perret

Mes chers Camarades,

Mon premier propos sera non seulement d’exprimer mon plaisir d’être parmi vous, mais aussi  de vous apporter le salut fraternel et solidaire de la Fédération Syndicale Européenne des Services Publics (FSESP/EGÖD), qui représente 8 millions de travailleurs et travailleuses des services publics appartenant à plus de 200 syndicats de l’Union européenne, de l’Espace économique européen et de pays membres du Conseil de l’Europe.

L’Europe, tout comme la mondialisation, sont des réalités qui existent et qu’il nous faut affronter. Vous le savez, vous le voyez comme moi, la construction européenne a des incidences directes sur notre vie quotidienne, que ce soit en tant que citoyens, travailleurs et syndicalistes.

Après la mise en place du marché intérieur, avec la libre circulation des biens et du capital, nous voici maintenant confrontés à de sérieux défis concernant l’un des éléments fondamentaux de ce que l’on a coutume d’appeler « le modèle social européen », c’est-à-dire le secteur des services publics, ou plus exactement dans le « jargon » européen, les services d’intérêt général et les services d’intérêt économique général.

Dès lors, il est devenu essentiel d’unir nos forces au-delà du cadre national pour organiser non seulement la résistance sociale et syndicale, mais aussi et surtout pour préserver et promouvoir les droits sociaux fondamentaux des travailleurs des services publics exerçant leurs missions dans une économie globalisée, dans un monde « ouvert » dans lequel la concurrence règne en maître absolu.

C’est ainsi qu’au sein de la FSESP, nous travaillons à plusieurs niveaux :

  • Au niveau géographique tout d’abord, au sein de ce que nous appelons les « Collèges électoraux » qui regroupent les organisations syndicales de plusieurs pays. Avant d’être élue Présidente de la FSESP en novembre dernier, j’ai été membre de notre Collège France-Bénélux pendant 6 ans, ce qui m’a permis de travailler avec Justin et Jeanne, ce qui nous a permis aussi de connaître votre Président, Nico, de travailler avec d’autres collègues luxembourgeois, belges, néerlandais et français.
    Travailler ensemble n’est pas toujours facile, car les histoires sociales et syndicales de nos pays, nos cultures, nos langues, sont parfois très différentes. Il n’empêche : c’est aussi très stimulant et cela permet de mettre en œuvre concrètement la solidarité syndicale internationale.
  • Au niveau sectoriel ensuite, au sein des « comités permanents » de la FSESP correspondant à 4 secteurs publics bien identifiés:
    • L’administration nationale et européenne
      L’administration locale et régionale
    • Le secteur « santé/sociaux »
    • Le secteur de l’énergie, de la gestion de l’eau, de la gestion des déchets.
  • Enfin, au niveau des instances exécutives de notre fédération pour développer une vision globale des services publics et éviter leur « saucissonnage » au sein des institutions européennes, notamment la Commission et la Cour de justice des communautés européennes (CJCE).

Actuellement, sur quels dossiers sommes-nous particulièrement mobilisés ?

  • Encore et toujours sur la trop fameuse directive « Bolkestein » qui a vu les syndicalistes luxembourgeois, cheminots et services publics, se mobiliser très fortement à l’occasion des deux manifestations de Bruxelles en mars 2005 et de Strasbourg en février 2006. Nous avons remporté une première bataille grâce à la pression exercée sur les parlementaires européens et aussi et surtout, justement grâce à l’ « euromanif » du 14 février dernier à Strasbourg qui a rassemblé plus de 50.000 syndicalistes venus de tous les pays d’Europe. Mais nous savons que le débat n’est pas clos et qu’il nous faut rester vigilants, car nous devons nous assurer que TOUS les services publics seront préservés.
  • Sur l’adoption d’une directive-cadre qui contribuerait enfin à donner une définition positive aux services publics. Du fait du glissement constaté depuis de nombreuses années de la notion de services non marchands vers celle de services publics marchands, la FSESP mène campagne auprès des parlementaires européens, des institutions communautaires et au sein même de la CES pour l’adoption d’une loi européenne qui mettrait des limites à la concurrence, qui répondrait aux besoins des citoyens européens et protègerait les salariés du secteur public.
    Pour la FSESP, il ne s’agit pas de définir la façon dont les services publics doivent être organisés dans nos pays respectifs, mais plutôt de définir des principes fédérant les missions, les objectifs et les moyens de ces services, tels que l’égalité d’accès, l’égalité de traitement, la continuité, la neutralité, la solidarité et des modes de financement appropriés.
  • Pour atteindre ses objectifs, la FSESP a lancé en avril dernier une campagne sur les services publics de qualité. Des coordinateurs et coordinatrices nationaux sont chargés de recueillir un maximum d’informations sur la manière dont les différents services publics sont organisés et financés au niveau national de façon à mettre ces données en commun et voir comment on peut articuler, « fédérer » tout cela au niveau communautaire afin de mettre en échec les politiques ultra-libérales prônées par l’Union européenne et remettre en avant la valeur-phare qu’est la justice sociale.

Mes chers Camarades,

Sur tous ces dossiers sensibles, la FSESP se veut à la fois force d’opposition et de proposition. Il ne peut être question pour nous de laisser les forces ultra-libérales démanteler les services publics. Mais il nous faut aussi proposer des stratégies alternatives et développer nos propres revendications. Celles-ci s’articulent autour de 5 points essentiels :


1. Pour le citoyen, l'Europe ne doit pas se limiter à la libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes. L'Europe, c'est avoir une vision commune pour la prospérité et le bien-être de tous.

2. Des services publics de qualité sont essentiels pour rendre effectifs les droits fondamentaux du citoyen ainsi que les objectifs européens de cohésion, d'égalité, de développement durable, d'égalité entre hommes et femmes, d'égalité de traitement des travailleurs, de plein emploi et de compétitivité.

3. Les principes qui fondent les services publics - l'universalité, la continuité, l'accessibilité, le contrôle démocratique et la protection de l'usager – sont partagés dans toute l'Europe et font partie de nos valeurs communes.

4. L'Europe doit revoir ses règles de la concurrence pour que les générations futures aient accès à des services publics de qualité fondés sur la solidarité.

5. L’Europe doit se doter d’une directive-cadre, pour contrer la libéralisation, soutenir des services publics de qualité et garantir les droits des pouvoirs nationaux, régionaux et locaux de répondre aux besoins de leurs citoyens.

Il me semble que ceci résume parfaitement les actions que notre fédération entend mener avec le soutien de ses affiliés.

Alors, ensemble, tous ensemble, luttons contre la balkanisation de nos sociétés, pour remettre l’Etat providence et les services publics au cœur du modèle social européen. Ouvrons ensemble le débat sur l’intérêt général, sur les questions de cohésion sociale, de solidarité. Le dogme du tout marché est encore très présent, très puissant… Il n’empêche ! Grâce à la mobilisation des syndicats, à leur action auprès des politiques (élus nationaux, parlementaires européens) et au soutien des camarades européens, certains projets ultra-libéraux ont été stoppés ou à tout le moins, ralentis :

  • Contrat Première Embauche (CPE) en France, 
  • pensions en Grande Bretagne, 
  • temps de travail dans les services publics en Allemagne, 
  • ensemble, avec la Fédération européenne des transports (ETF), le règlement sur les transports publics
    mais aussi directive Bolkestein ou directive temps de travail au niveau européen. Sur ce dernier point, je voudrais vous indiquer que Carola Fischbach-Pyttel, la Secrétaire générale de la FSESP que certains d’entre vous connaissent bien, m’a indiqué ce matin que suite aux pressions exercées par les affiliés de notre fédération, le Conseil européen qui se tient actuellement à Bruxelles a repoussé les propositions faites par certains gouvernements (dont le gouvernement britannique) d’adopter cette directive en laissant en l’état la question de l’opt-out, c’est-à-dire une clause dérogatoire qui permet à l’employeur de faire travailler les salariés jusqu’à 65 heures par semaine alors que la directive actuellement en vigueur fait mention de 48 heures hebdomadaires. Preuve qu’une action coordonnée donne de bons résultats !

Il faut donc oser croire en nous-mêmes, à cette « union qui fait la force », à cette solidarité syndicale transnationale. Rien n’est inéluctable et nous savons que «seules sont perdues d’avance  les batailles qu’on ne livre pas».

Si nous nous en donnons les moyens, si nous savons coordonner nos actions, au plan national, au plan européen et au plan international chaque fois que cela est nécessaire (rappelons-nous l’accord multilatéral sur les investissements - AMI - au sein de l’OCDE, l’Accord Général sur le Commerce des Services – AGCS - au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce  - OMC -, pour ne citer que ces exemples), alors nous serons à même de faire reculer ceux qui portent atteinte aux valeurs fondamentales que nous défendons et que nous voulons promouvoir.

Il me reste à vous souhaiter plein succès pour votre congrès, bon courage pour l’action syndicale au quotidien, à vous remercier de votre accueil et de votre attention.

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